À propos de l'album
Premier album. Sorti sur le label GDC de Geffen. Produit par Hal Willner, Ingénieur du son : Joe Ferla, A&R : Gary Gersh
Les chansons de Lori Carson traduisent la douleur de l'abandon et les luttes personnelles solitaires avec une précision impitoyable. Son écriture est claire et directe, portée au cœur par sa capacité à se glisser dans la peau de ses personnages tristes, souvent malchanceux. Le fait qu'elle chante comme si elle était hantée, voire un fantôme elle-même, rend son premier album, Shelter, d'autant plus poignant.
Avec sa voix au murmure gazouillant et sa guitare acoustique, Carson écume les clubs folk de New York depuis quelques années. Mais elle a aussi les yeux rivés sur la rue. Le récit de désertion et d'innocence bafouée du titre phare flotte sur des airs vaporeux de concertina, de synthétiseur et de guitare à la Morricone, s'intensifiant lentement jusqu'à ce que sa narratrice sans-abri se retrouve à prendre le métro aux petites heures du matin, consolant ses deux enfants apathiques. « Which Way Be Broadway » est tout aussi dévastateur : Une jeune fille s'enfuit de son foyer du Minnesota pour devenir danseuse et finit par se prostituer sur un trottoir hivernal de New York, aspirant à la chaleur du passé, mais tellement fascinée par l'attrait de la ville qu'elle ne peut plus faire marche arrière.
Non pas que le disque de Carson soit totalement dépourvu de joie. « Stand on Your Own », avec son ambiance country à la pedal-steel, est une affirmation de la détermination personnelle ; « Imagine Love » est une ballade chaleureusement sentimentale à laquelle Gregg Allman prête sa voix d’ours grognon ; « Pretty Girls » culmine avec la décision de la protagoniste de finalement quitter son amant volage. Il y a aussi de la chaleur dans les arrangements du producteur Hal Willner. Willner protège la voix fragile de Carson en faisant appel à des musiciens compatissants comme le guitariste Marc Ribot et le batteur Michael Blair (complices de Tom Waits et Elvis Costello) et en colorant légèrement ses chansons avec du violoncelle, du cor d'harmonie, de la harpe et de la flûte.
Carson passe certes une grande partie de son temps à chanter des fins malheureuses. Mais si elle peut continuer à créer des chansons aussi riches en émotions que celles de Shelter, cet album pourrait bien représenter un nouveau départ prometteur. (RS 574)
TED DROZDOWSKI, Rolling Stone
